Guerre cognitive : faut-il reprendre en main les algorithmes des réseaux sociaux ? > Réponse Politique & Société sujet




  • posté 12/04 (02:24)
    J'apprécie la prise en compte de certains des arguments avancés (dépendance numérique), et la réponse rapide - quoique, permet-elle une assimilation des arguments présentés, je n'en suis pas sûr. Sommes-nous ici dans un dialogue ou une présentation des postures ?

    Seconde salve de réflexions sur le fond et la forme, qui portent des présupposés qui m'interrogent (c'est peu de le dire 🚩). Et je rejoins la démarche de considérer l'ensemble des lecteur·ice·s, présent·e·s et futur·e·s. Ce post est ma contribution à une intelligence collective.

    1. L'objectif de ce fil m'échappe car la posture est contradictoire:
    J'ai ouvert ce topic avec beaucoup plus de questions que de réponses. Je n'ai aucune réponse toute faite à apporter à la problématique, mais un constat et énormément de questions. Je le dis humblement.

    L'aspect souveraineté économique se joue ailleurs à mon humble avis.

    L'aspect commercial n'est pas pour moi central dans cette discussion.

    Je pense vraiment plus à l'aspect sécuritaire: Sécurité mentale de nos adolescents mais aussi des adultes, sécurité des données, sécurité des élections, ingérences, etc.

    Enfin là je m'éloigne un peu du sujet initial.

    Si l'aspect économique, commercial, business n'est pas central, alors une réponse précise est attendue - et tu mentionnes d'ailleurs un sujet initial dans le cadre duquel il faudrait rester/dont on s'éloigne. Des dimensions entières apportées sont écartées avec plus ou moins de fermeté, OR tu dis que tu n'as pas de réponse toute faite à apporter, et que tu as plus de questions que de réponses. J'ai l'impression que quoi que je dise, si ça ne parle pas de "sécurité", alors ça ne sera pas accepté.

    2. La notion de sécurité telle que présentée ici semble trop restrictive, car l'Etat est au centre de la pensée.
    - Sécuriser l'infrastructure de communication, les données... : qu'est-ce qui est préconisé ici, un protectionnisme ? Une défense unilatérale ? Est-ce seulement possible dans un monde globalisé et structuré par le capital ? Or tu exclus l'arme économique/commerciale/business de l'analyse (cf citations ci-dessus), donc c'est hors sujet ? En même temps, tu dis
    "Le levier sanction devient tout de suite très concret si l'on privait les opérateurs économiques de nos données."

    Tu montres toi-même à quel point ce marché représente un segment considérable de l'économie, et la dépendance aux GAFAM américains. Je vois une contradiction dans le fait de poser ce levier comme concret alors que priver les opérateurs économiques de nos données mènerait à un choc économique considérable. Contradiction résolue si l'objectif est de valoriser l'idée d'un Etat fort qui brandit les sanctions comme un gourdin. C'est une certaine conception des relations internationales. Il y en a plein d'autres, qui gardent l'humain (et non l'Etat, cf. 3) au centre de l'analyse.

    - "Sécurité mentale" : je ne sais pas à quoi raccrocher ça. Santé mentale ? Oui, mais parlons alors de santé et de bien-être, et orientons-nous vers une approche basée sur la santé, suivons par exemple les préconisations de l'OMS. Sécurité humaine ? D'accord, mais le terme est bien plus large et comprend l'ensemble de la pyramide des besoins de Maslow
    - A propos de sécurité humaine, notion qui complète (et ne s'oppose pas à) l'idée d'une sécurité d'Etat: elle articule enjeux militaires, économiques, sanitaires, infrastructurels, et renforce l'idée d'un ordre légal international, plutôt que de se baser uniquement sur un rapport de force militaire et des comportements unilatéraux de la France, l'UE, les US...

    Mon argument est le suivant : pour penser sécurité, partir de l'humain (et non pas de l'utilisateur), ses pratiques et ses besoins est plus pertinent que partir de l'Etat.

    Ce qui m'amène à :

    3. La stratégie proposée, centrée sur (et toujours ramenée à) l'Etat, me semble insuffisante. Encore pire pour l'UE.
    Le fait de se tourner vers l'Etat (ou l'UE), c'est parce que ce sont les seuls à pouvoir légiférer, tout simplement.

    Si légiférer suffisait à changer les comportements, surtout les comportements d'addiction, je crois que la guerre contre les drogues aurait fonctionné depuis longtemps. C'est certes un élément important, nécessaire (ça se discute, je ne le crois pas, mais pourquoi pas) mais pas suffisant.
    Si l'on veut "reprendre en main les algorithmes des RS", alors :
    - A qui appartient la main ? autrement dit, où se situe le niveau d'action : individus ? Etats ? Entreprises (acteurs clef sur le marché de la donnée) ? Investisseurs / détenteurices du capital ? Partis ? Universités / centres de savoir ? Associations, clubs, collectifs, société civile ? Familles ? La totalité de cette liste a un rôle à jouer dans les pratiques et infrastructures numériques.
    - Que fait cette main : tord-elle le cou de quelqu'un ou brandit un gourdin (imposer un ordre venu du haut) ? Encourage-t-elle la créativité de celleux qui construisent ces algorithmes ?

    Je conteste que la seule main qui importe soit celle de l'Etat, ses agences et sous-structures. On a bien plus de pouvoir sur la transition vers des alternatives libres ou notre comportement économique que sur la politique nationale pour "reprendre en main les algorithmes" et notre capacité cognitive. Or si j'en crois le recadrage, je ne suis donc plus dans le sujet.

    Par ailleurs, le RIC est régulièrement mentionné comme solution au déficit démocratique et à la crise de confiance des institutions. Peut-être*. Derrière le RIC se situe tout de même l'idée que les citoyen·ne·s ont un pouvoir d'action. Et ce pouvoir d'action ne se limite pas au vote : c'est par lui que les gens créent des communautés, lancent des entreprises, rejoignent le Fediverse plutôt que Facebook, questionnent leurs attitudes.
    Je crois lire dans ton propos l'idée qu'avec une certaines dispositions législatives ou constitutionnelles, encore à trouver, le problème sera réglé, on aura trouvé chaussure à notre pied, et ses décisions ne pourront plus être contestées car elles seront légitimes.
    Or, je ne crois pas à cette acception de l'Etat.
    Le droit est une photographie d'un certain ordre social et moral donné. Et l'Etat est l'émanation des rapports de force (qui se traduisent par des courants politiques, des mouvements sociaux, un agencement d'acteurs anciens et nouveaux) et le centre de la légitimité du pouvoir. Dans une (approche toute sociologique, finalement).

    Bref, placer l'Etat au centre relève d'une perspective située. Ce n'est pas anodin, "normal", ou "évident". C'est essentialisant, lourd de présupposés et de conséquences*.

    4.
    Concernant le capitalisme de surveillance, j'ai plus un sentiment d'opportunisme du capitalisme et des services de renseignements du fait d'un développement anarchique des RS.

    Le reste des contributions de Un[*b]Curieux et gloubi notamment vise à montrer que les algorithmes sont intentionnels, substantié par de nombreuses publications - Apocalypse Nerds, publié l'an dernier, démontre avec clarté à quel point les méthodes utilisées sont volontaires et répondent à un projet politique particulier.
    On est donc sur l'opposé d'un développement anarchique des RS.
    Ignorer les arguments d'Un[*b]Curieux et de gloubi est-il un acte intentionnel ? Le débat peut-il avancer si on écarte les contributions ? A-t-on affaire à un échange d'arguments de bonne foi ? A quoi sert ce fil ? A entretenir la panique modale à laquelle Un[*b]Curieux fait référence ?

    5.
    J'ai d'autres problèmes avec certains présupposés derrière tes propos, par exemple parler de "nos" adolescents : par opposition à ceux qui ne sont pas les nôtres, et dont la santé importe moins ? Ceux de la communauté nationale ? Qui n'interagissent pas avec les "nôtres" ? A l'époque des trends comme 6-7, et d'une globalisation quasi aboutie, c'est osé.

    ---

    J'espère avoir pu mettre au jour le fait que derrière les termes utilisés (Etat, sécurité, "guerre cognitive, "nos" adolescents) et les postures adoptées se trouvent des présupposés brandis ici comme "normaux", qui sont autant de glissements vers un horizon de guerre. A ce compte, tout est guerre. Et ça, c'est un projet de société fascisant (cf. point 9 de la classification du fascisme proposée par Umberto Eco*). Dans le contexte actuel*, ça n'est pas anodin. Et je trouve important de porter ce point à l'attention des lecteur·ice·s (qui auront lu jusqu'ici, vous gagnez un cookie ðŸª).

    Bref, je ne suis toujours pas d'accord avec les présupposés qu'en tant qu'auteur du fil tu proposes pour cadrer la conversation, le recadrage que tu as fait, le flou entretenu et la sélectivité des arguments. Je ne vois pas pourquoi ça ne se reproduirait pas, c'est donc un espace non pas de discussion et de curiosité mais de postures, où on dirait que les réponses au tas initial de questions sont déjà trouvées (libre à qui veut de me prouver le contraire). Je ne compte donc pas contribuer davantage à ce fil-ci.


    *Et tout ça, c'est le sujet d'un fil dédié. A-t-il existé ? Y participerai-je ? Nul·le ne le sait.
  • 26/04

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    Vivez en harmonie avec la Nature !

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