posté 04/03 (16:18)
La question n'est point de savoir SI l'Hélénie retombera. Tout retombe. Les baudruches, les provinces, les idéologies à base de plasma et de matériaux de construction innommables. La question est de savoir OÙ iront ses occupants quand la gravité, cette vieille royaliste, reprendra ses droits.
Et la réponse me glace le sang.
Nous avons déjà des Seeliens qui prêchent dans nos granges. Nous avons des pirates qui se curent les dents avec nos couverts en argent. Et maintenant, on voudrait que j'accueille des hordes d'aléocrates en transit permanent qui rebaptiseraient mes chapelles en « espaces de déconstruction fluide » et transformeraient les étangs sacrés en bassins d'expérimentation nucléaire participative ?
NON.
La Ruthvénie n'est point un hospice pour idéologies en chute libre. Nous avons une Reine etdes traditions. Deux concepts qui suffiront à provoquer un choc culturel fatal chez le premier aléocrate venu.
Premier point. Le cratère laissé par le départ de l'Hélénie va se remplir d'eau. La Meuse s'y engouffrera, et il se formera un lac, possiblement le plus grand plan d'eau douce du continent. Or, que suis-je ? GARDIEN HÉRÉDITAIRE DES ÉTANGS. Un étang, un lac, c'est une question de taille, pas de principe. Je revendique donc la tutelle sur ce nouveau plan d'eau au nom du droit coutumier ruthvène. Les Neufra ont bien transformé un mariage en couronne. Je peux bien transformer un cratère en étang.
Et personne, à ma connaissance, n'a jamais bâti de camp de réfugiés sur un LAC.
Deuxième point. Ces gens ne sont plus kralandais. Ils l'ont proclamé eux-mêmes, avec trompettes, plasma et un enthousiasme que je leur envie presque. Le Premier Ministre Mutin aura beau prétendre que nul ne peut être déchu de sa nationalité, les intéressés s'en sont déchus TOUT SEULS. Avec des confettis. On ne va tout de même pas les forcer à redevenir ce qu'ils ont si joyeusement cessé d'être.
Ils ne sont donc plus républicains, ne seront jamais ruthvènes, et n'ont manifestement pas vocation à errer indéfiniment dans les airs.
Il faut les envoyer quelque part.
L'Empire Brun semble entretenir des relations cordiales avec certaines de ces personnes. Leur préfète a une compagne aléocrate, m'a-t-on fait comprendre avec force détails que je n'avais point sollicités. Voilà donc un empire qui a déjà l'habitude. Et puis, j'ai cru comprendre que plusieurs d'entre eux rêvaient d'Australine. Eh bien qu'on les y envoie ! Qu'on affrète un convoi, une caravane, un CHARTER s'il le faut !
La Ruthvénie dispose encore de quelques carrosses. Je suis même prêt à mettre à disposition une charrette, à condition qu'on me la rende dans l'état où on l'a prise. Le voyage sera long, inconfortable, et dépourvu de toute forme de déconstruction, mais il aura le mérite d'EXISTER.
Voilà . Un lac là où il y avait un trou. Un charter là où il y avait un problème. Et un Gardien là où il faudra un responsable.
On me dira que je profite de la catastrophe. Je répondrai que j'en ATTÉNUE LES EFFETS. La nuance est considérable, et seuls les esprits mal intentionnés la manqueront.
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W. von A.-B.Gardien héréditaire des Étangs