posté 04/03 (07:36)
Il aura fallu que je m'absente une journée. Une seule. Le temps d'inspecter les digues de Lantenac et de vérifier que les carpes de l'étang n'avaient point, elles aussi, déclaré leur indépendance.
Et voilà qu'à mon retour, le Cybermonde entier se pâme devant les exploits aéronautiques d'une archéologue montée sur une baudruche.
Que dire, en vérité, qui n'ait été dit ? Que l'Hélénie prétend s'envoler ? Grand bien lui fasse. Que Simone Voile se soit octroyé suffisamment de titres pour remplir un parchemin entier ? De mon temps, on se contentait de titres qui avaient un rapport avec la terre que l'on possédait. Mais je conçois que « Gouverneure d'un Trou dans le Sol » manque de panache, et qu'il faille compenser.
Je ne commenterai point les néologismes architecturaux, les innovations en matière d'armement à appendice charnu, ni cette curieuse obsession pour la physique nucléaire chez une personne dont la spécialité consiste normalement à déterrer des poteries et à faire des arbres généalogiques. Il y a des choses que SEPT générations d'échansons royaux ne m'ont point préparé à appréhender. Celle-ci en fait partie.
Ce qui me préoccupe davantage, c'est le sort de notre Ministre de l'Intérieur. Golgoth se trouvait en Hélénie au moment de cette sécession. À siphonner des hydrocarbures, si j'ai bien compris. Et que fait-il, maintenant que le sol s'est dérobé sous ses pieds et que la province dérive dans les cieux ?
Il organise des GRILLADES.
Notre Ministre de l'Intérieur, représentant du Royaume de Ruthvénie, coincé dans une province sécessionniste volante, propose de faire rôtir des confiseries en se servant de la gouverneure rebelle comme source de combustion. Et il demande, je cite de mémoire et avec effarement, si « on a vraiment décollé » et quand « on redescend ». Comme s'il s'agissait d'une attraction de fête foraine dont on attend poliment la fin du tour.
Golgoth, vous êtes PRISONNIER DE GUERRE dans une montgolfière nucléaire pilotée par Simone Voile, et votre première préoccupation est la cuisson de vos sucreries. Je ne sais si je dois vous envoyer une corde ou un livre sur les priorités.
Cela dit, la Ruthvénie n'abandonne point ses gens. Attachez-vous à quelque chose de solide, si tant est qu'il reste quoi que ce soit de solide là -haut, et cessez de fraterniser avec l'ennemi autour d'un feu de camp. Vous êtes Ministre, pas campeur.
Ombreloup, vous posez la seule question qui vaille dans cette avalanche de prose cosmique : le barrage. Parce que si j'ai bien compris la situation, et la Dame de l'Étang sait que j'ai du mal, il y a désormais un cratère béant là où se trouvait une province, et la Meuse, qui n'a cure des proclamations révolutionnaires, va s'y engouffrer avec l'enthousiasme d'un fleuve à qui l'on vient d'offrir un bassin gratuit.
Si mes étangs de Lantenac sont inondés par les eaux d'une province en fuite, je tiens la gouverneure volante pour PERSONNELLEMENT responsable.
Quant au reste de ces échanges... entre un ambassadeur confédéré qui distribue des titres de séjour comme d'autres distribuent des tracts, une préfète qui expose sa vie intime devant le Cybermonde assemblé, un chevalier éternellement en exil qui applaudit au chaos depuis les gradins, et notre Directeur des Services Secrets qui repêche ses dossiers classifiés au fond d'une embarcation de loisir... je constate que la dignité du débat public se maintient à son altitude habituelle.
C'est-à -dire sensiblement plus bas que l'Hélénie, ce qui n'est pas peu dire.
De mon temps, quand une province faisait sécession, on envoyait la cavalerie. Aujourd'hui, on envoie des commentaires, et le seul représentant ruthvène sur place fait griller des guimauves. Je ne sais point lequel des deux me consterne le plus, mais au moins la cavalerie avait de l'allure.
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W. von A.-B.Gardien héréditaire des Étangs