Le Héraut récapitule : la Reine a fait des rencontres, des encouragements, des consultations et des nominations. (…) Le Héraut constate toutefois que dans cette liste fournie, il manque un mot. (…) Le mot « gouverner » n'y figure point.
Il est tout de même piquant, pour ne pas dire cocasse, qu’un expert autoproclamé des traditions ruthvènes semble ignorer les rudiments mêmes de notre système politique.
La Reine ne gouverne pas ? Mais précisément : elle n’a jamais eu vocation à gouverner. Aucun souverain de Ruthvénie ne l’a fait. Depuis des générations, nos monarques règnent, arbitrent, incarnent – et nomment. Ce sont les ministres qui administrent, décident, exécutent. Tel est l’équilibre subtil de notre Royaume.
On ne juge donc pas un souverain à sa capacité à rédiger des décrets entre deux audiences, mais à son discernement dans le choix de celles et ceux à qui il confie les rênes du pouvoir. Qu’il consacre ses après-midis au jeu de paume ou ses matinées au kayak importe peu, tant que les affaires de l’État sont confiées à des mains compétentes.
À cet égard, permettez-moi une observation modeste : j’ai été nommé ministre successivement par Chilmerdic XXVII, Landraël Ier, puis par la Reine Korail. Trois règnes, trois confirmations. Certains y verront une coïncidence. D’autres, plus perspicaces, y liront peut-être la reconnaissance d’une certaine constance… et d’une expertise que même les changements de couronne n’ont pas jugée superflue.