Et, même si vous aviez une dent contre Léo ou contre le repoussement de vos tractations avec Stella jusqu'à ce qu'elle ne soit plus solvable, on sait bien que la vengeance n'est pas spécialement bonne pour les affaires.
Il y a donc une autre raison, qui rapporte gros, pour justifier cet acharnement. Vous spéculez. Sur quoi au juste ?
Ainsi, j’en conviens volontiers : je nourris quelque ressentiment envers Lampion Ier. Après tout, en renversant la Régente Stella Artois, il m’a privé des millions d’éco-florins d’argent public qu’elle projetait fort aimablement d’emporter… en ma compagnie.
Mais vous avez raison : la vengeance est une passion stérile, et surtout détestable pour les affaires. Non, ce qui m’anime aujourd’hui relève d’une analyse bien plus froide.
Le trône de Lampion Ier vacille. Ses derniers appuis se dérobent les uns après les autres, avec cette élégance toute particulière qu’ont les courtisans lorsqu’ils sentent le vent tourner. L’Assassin Royal lui-même vient de regagner Ruthvenville à la hâte, officiellement pour aider le Roi à « passer la main » – formulation d’une délicatesse remarquable pour désigner une capitulation.
Or, nul successeur crédible ne se dessine, ce qui, reconnaissons-le, constitue un exploit, la barre « Lampion Ier » n’ayant jamais été placée très haut. On imagine mal la Reine – qui peine déjà à dissimuler ses tentacules – ou le bâtard Alex Ier sauver la dynastie lampionnienne face au Duc Wenceslas, résolu à s’emparer de la couronne. Et celui-ci ne promet guère mieux : sa future politique d’exclusion des Seeliens de toute charge publique mènerait le Royaume tout droit à la ruine administrative, économique et, à terme, morale.
J’ai donc pris une décision parfaitement rationnelle : shorter les obligations ruthvènes.
Le règne de Lampion Ier s’achèvera d’ici vingt-quatre heures tout au plus – et, si mes calculs sont exacts, dans le plus complet ridicule.