posté 10/02 (09:09)
Toute la beauté — et toute la complexité — de ce que je qualifie de douzième art réside précisément dans le fait qu’aucun artiste-joueur ne maîtrise l’œuvre à lui seul. Le roleplay ne produit pas un objet clos, mais un champ relationnel instable, dont la cohérence dépend d’une interactivité permanente entre subjectivités créatrices. C’est dans cette impossibilité de souveraineté individuelle que se loge la subtilité même du médium.
L’échange intellectuel en contexte roleplay constitue ainsi un espace de tension continue entre mimèsis et diégèse, tension qui se cristallise tout particulièrement autour des dispositifs iconographiques. L’image, en tant que signe à forte charge référentielle mais au statut ontologiquement indéterminé dans l’économie du récit partagé, brouille la distinction entre représentation mimétique — laquelle tend à naturaliser un état du monde fictionnel — et énonciation diégétique située, relevant du discours d’un agent intradiégétique.
Mais cette indétermination ne se limite ni à l’image ni aux seuls dispositifs visuels. Elle se manifeste également dans la parole, notamment lorsque le personnage est construit comme autoritaire, cinglant dans ses répliques, et assumé comme une arme psychologique au sein de l’espace fictionnel. Dans ces configurations, la performativité du discours peut produire des effets qui excèdent le cadre strictement intradiégétique.
Lorsque l’intensité rhétorique est élevée et que les marqueurs de distanciation sont insuffisants, la violence symbolique exercée par le personnage est susceptible d’affecter non seulement les personnages visés, mais également les joueurs eux-mêmes. La dureté du dispositif discursif peut alors être interprétée comme une interpellation personnelle, brouillant la frontière entre conflit fictionnel et interaction sociale réelle.
C’est précisément pour éviter ce glissement que des précautions explicites ont été prises afin de maintenir une séparation rigoureuse entre RP et HRP. J’espère, à ce titre, que chacun pourra constater l’effort de contextualisation et de balisage mis en œuvre pour ne pas reproduire les situations antérieures — et qu’il ne sera plus soutenu que je confonds roleplay et hors-jeu. Cette vigilance est d’autant plus nécessaire que certains dispositifs narratifs n’ont, en l’occurrence, pas encore été déployés, notamment les supports audiovisuels à venir, dont la nature performative accentuera encore ces enjeux.
En l’absence de mécanismes explicites de recontextualisation, de telles tensions peuvent fragiliser le contrat roleplay. À l’inverse, la reconnaissance assumée de ces stratégies — iconographiques comme discursives — en tant qu’artefacts diégétiques (rhétorique d’intimidation, propagande fictionnelle, mise en scène de domination symbolique) permet de maintenir la conflictualité dans un cadre interprétatif et ludique, garantissant que l’affect produit demeure un moteur de jeu plutôt qu’un facteur de rupture.
C'est vrai que j'étais plus jeune et que j'aurais été incapable de théoriser les choses de cette façon. Le bon côté de ma traversée du désert en H2, c'est que cela m'a permis de me remettre en question et de creuser le sujet.
Bonne création artistique à tous et à toutes!
P.S. Contextualisation : Ceci n'est pas une attaque pavé HRP. C'est sincère et exprime le fond de ma pensée.
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L’obsidienne n’absorbe pas la lumière. Elle la refuse.
Quand les kanards se payent ma tête, une tite musique trotte dedans. Niark!!!