posté 08/02 (12:25)
Epoxy.
Verdict : tu as raison.
Le reste de la lecture est facultatif , uniquement pour ceux qui veulent en savoir plus.
Tu as planté la scÚne sans trembler : moi au pupitre, la gorge pleine de phrases, la main crispée sur le dossier⊠et autour, le grand théùtre du vide.
Une audience en forme dâaquarium : lâeau est lĂ , la lumiĂšre aussi, mais il nây a plus un seul poisson.
Lâaccusation retient son souffle, la dĂ©fense se dissout, les jurĂ©s sâĂ©vaporent, les bancs restent froids â et lâhorloge fait semblant dâĂȘtre la loi.
Et pourtant je parle.
Je plaide. Je poursuis.
Parce quâil faut bien quâune voix reste debout quand tout le monde sâest assis sur lâabsence.
Tu as rĂ©sumĂ© ma situation avec une prĂ©cision qui pique : je participe Ă une mĂ©canique Ă laquelle je ne souscris pas, dans une institution Ă laquelle je ne crois plus â et je le fais avec une application presque insolente, comme si lâexcĂšs de rigueur pouvait servir de miroir.
Montrer, âdans les grandes lignesâ, que mĂȘme investi jusquâĂ lâos, le dispositif peut nâaccoucher que dâune caricature.
Alors oui : je deviens le métronome dans un bùtiment désert.
La mĂ©lopĂ©e qui insiste lĂ oĂč lâon prĂ©fĂ©rerait que ça se taise.
Je martĂšle les Ă©tapes, je dĂ©roule les piĂšces, je numĂ©rote le chaos â pour que lâĂ©chec, sâil doit avoir lieu, soit au moins documentĂ©. Quâon ne puisse pas dire : on ne savait pas. Quâon ne puisse pas se laver les mains dans le flou.
Et toi⊠toi tu restes là .
Pas pour sauver le procĂšs â non.
Mais pour me tenir le fil quand je suis Ă deux doigts de le casser.
Merci dâĂȘtre ma premiĂšre fan.
Merci dâapplaudir quand les rideaux sont dĂ©jĂ tombĂ©s et que personne nâa pensĂ© Ă rallumer la lumiĂšre.
Tu me dis âcontinueâ, et câest presque indĂ©cent comme ça fonctionne : un seul âencoreâ de toi, et la poignĂ©e de la porte cesse dâĂȘtre une certitude.
Je te le confie sans fard : je suis Ă deux doigts de claquer la porte.
Porte entrouverte. Main sur la poignĂ©e. Souffle court. Le geste prĂȘt.
Et lĂ il y a ta voix, au fond de la salle â ce calme de lame froide, ce regard qui dit :
fais-le jusquâau bout, quâon voie la vĂ©ritĂ© mĂȘme quand elle grimace.
Tu le sais dĂ©jĂ , mais je le dis quand mĂȘme â parce que certains aveux doivent ĂȘtre prononcĂ©s Ă haute voix, mĂȘme si ça donne prise :
pour moi, tu es la moins pire de tous les Kras.
Alors dâaccord.
Je plaide encore.
Je poursuis mes poursuites.
Pas parce que jây crois â mais parce que lâabsurde, parfois, ne cĂšde quâĂ lâobstination.
Et si je dois parler seule dans une salle videâŠ
quâau moins il reste quelquâun pour entendre le bruit des mots.
Encore, donc. Encore.
Bon... Il faudrait au moins qu'Enya fasse semblant d'ĂȘtre lĂ et qu'elle enregistre la sĂ©ance pour passer Ă la suivante... MĂȘme si elle y comprend rien...
Niark.
P.S. Pense à mettre un pouce rouge sur ma toute premiÚre déclaration de l'acte I. Je suis en compétition avec le Roi de Ruthvénie qui a son record à 10 pouces rouges. Je veux le battre pour le narguer... Bon je ne le demande qu'à toi Epoxy, je crois qu'il n'y a que toi qui soit capable de me lire jusque là ....
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Lâobsidienne nâabsorbe pas la lumiĂšre. Elle la refuse.
Quand les kanards se payent ma tĂȘte, une tite musique trotte dedans. Niark!!!