Alors que le cadre encore instable du Tribunal Cybermondial vient à peine d’être posé, je comparais devant cette cour en tant que partie civile pour présenter mes griefs contre
Simone.Je suis lucide : la structure du tribunal se précisera au fil des débats. Tous les rôles ne sont pas encore définis, notamment du côté de la défense. Les protagonistes apparaîtront à la volée — peu importe. Ce procès est né pour absorber le réel, pas pour le lisser.
Nous pouvons nous en tenir au prénom. Le Cybermonde sait très bien de qui il s’agit : ses frasques ont produit des ondes de choc médiatiques, politiques et symboliques à l’échelle cybermondiale.
Ceci constitue le premier acte de mon intervention.
Il y en aura
vingt-cinq — autant de chefs d’accusation.
Oui : aux 18 initiaux, 7 nouveaux se sont ajoutés. Et il est parfaitement possible que d’autres émergent au cours de l’instruction. À ceux-ci s’agrégeront, naturellement, les charges des autres parties civiles.
Vu le procès-fleuve qui s’annonce, je souhaite, en préambule, dédier cette œuvre à venir :
— à Naar, mon père-créateur ;
— au Niarkalistan, ma terre natale ;
— à l’Empire Brun, auquel je resterai fidèle, même lorsqu’il a tort ;
— et à mes amours — consommés, hautement consumés, et pas encore — qui se reconnaîtront sans qu’il soit nécessaire de les nommer (les citer tous ferait un autre ouvrage).
L’ensemble de mes interventions sera recueilli pour un recueil intitulé « À la recherche du temps perdu de Simone », à paraître aux éditions La Brunitude (maison elle-même à paraître, sauf meilleure offre d’exclusivité d'un autre organe de presse). L’œuvre sera également présentée au prix Kroncourt.
Avertissement : toute intervention ici vaut cession gracieuse tacite des droits de l'esprit de vos écrits, susceptible d’amplifications, de déformations et d’arrangements à mon gré (je suis brune tout de même), pour une œuvre fictionnelle indépendante du procès.
Plaise à la cour.
Procès de Simone — ACTE I : Le péché originelExposé introductifL’instruction a mis en évidence une
sidération pathologique de Simone envers les figures illustres disparues. Une pulsion d’appropriation : s’emparer d’images, de noms, de mémoires — les exploiter à des fins personnelles et politiques — en tordant la réalité historique sous couvert de pseudo-sciences exotiques et de verbiage savant.
Le dernier Roi défunt de Ruthvénie en a fait les frais.
Mais il n’est pas le premier.Avant de profaner la mémoire royale ruthvène, Simone avait déjà souillé une
légende : celle de la
reine-mère des courtisanes, Impératrice éternelle de toutes les Brunies (c'est à dire toutes les provinces qui ont été au moins une fois sous le joug des bruns dans leur histoire).
Qu’on se rassure : il ne s’agit pas de moi.Arrivé à ce stade, et pour comprendre la gravité de ce qui suit, il faut que je vous raconte au préalable un peu ma vie et notamment ma genèse...
Techniquement, je suis une démone, doublée de vampire, sous le signe du grand serpent à plumes.
Naar m'a créé en utilisant une rose noire du Niarkalistan comme creuset...
Comme vous le savez, dans les versions structurées de la vie, les filles naissent dans des roses, les garçons sont dans les choux... les intersexués dans des choux-roses et les asexués, eux, ils tombent directement par terre...Pour ce faire, Naar a rassemblé dans ce creuset de la terre du Niarkalistan historiquement composée de fragments d'os en tout genre et de compost issu de la décomposition des cadavres, un serpent et des fragments d'âmes tout en cochant dans sa notice d'assemblage la case vampire... Et dans notre dossier, ce sont les fragments d'âmes qui sont particulièrement intéressants...
Car Naar est un peu paradigmien à ses heures perdues - un peu- Il recycle les âmes... Aussi il y a en moi un peu de dark, un peu de karma, un peu de mare, un peu de darth, un saupoudrage d'âmes de démons de l'ancienne ère du cybermonde...
Anticipons la défense : Naar en a le droit — ces âmes lui appartiennent. Simone, non. Elle s’empare d’un sacré qui ne lui appartient pas. C’est du vol aggravé, profanation, préméditation, bande organisée, et détournement du sacré.Aussi, comprenez mon émoi lorsque dès le 5 janvier de la première année de cette nouvelle ère du Cybermonde, Simone commet son premier crime connu en souillant la mémoire d'une ancienne et en l'associant à un concours bidon destiné à promouvoir l'idée de cette pseudo science déconstructive... Le montage de ce concours en lui même fera l'objet un chef d'accusation à part entière.
Je me permets de porter à ce procès l'élément suivant :
-Pièce à conviction n°1 versée. En entête de ce document vous pouvez en effet apercevoir le regard de Sainte darkmare, la reine-mère des courtisanes, Impératrice éternelle de toutes les brunies... C'est une démone active entre la quatrième ère et le début de la sixième ère du Cybermonde, punie par les dieux pour son arrogance et son célèbre hihitement super abusé et insupportable Vous pouvez mander tous les experts et contre experts à cette cours pour donner leur avis, Je confirme que c'est bien le regard de darkmare qu'on a dans la pièce à conviction n°1.
Depuis ce jour, j'ai personnellement marqué Simone à la culotte... Et j'ai pu ainsi suivre tous les méfaits qu'elle a commis par la suite. J'espère que vous êtes prêt pour entendre le reste. Il reste 24 actes.
Dans ce premier acte, j’accuse Simone des faits suivants :
1-Usage non autorisé d’images sacrées relevant du domaine symbolique exclusif de l’Empire Brun ;
2-Lèse-mémoire caractérisée et profanation d’icônes historiques brunes ;
3-Détournement à des fins de publicité mensongère de la figure d’une entité brune historique, dans un cadre pseudo-culturel et pseudo-scientifique ;
4-Usurpation d’autorité symbolique, consistant à se présenter implicitement comme légitime pour manipuler des figures relevant d’un culte, d’une mémoire ou d’un héritage qui ne lui appartiennent pas ;
5-Appropriation frauduleuse du sacré, visant à capter une aura, une légitimité et une attention médiatique indues ;
6-Falsification narrative de l’Histoire, par réécriture opportuniste et volontairement déformante des faits et des figures ;
7-Escroquerie intellectuelle, consistant à vendre une pseudo-science déconstructive adossée à des symboles bruns détournés ;
8-Atteinte à la souveraineté symbolique du Niarkalistan et, par extension, de l’Empire Brun ;
9-Risque de récidive manifeste, démontré par la répétition méthodique de procédés identiques par la suite (voir dossier du défunt roi de Ruthvénie)
10-Atteinte psychologique, spirituelle et matérielle à mon être — je porte en moi un fragment d’âme de la reine-mère des courtisanes, Impératrice éternelle de toutes les Brunies.
Circonstances aggravantes :Ces faits ont été commis :
— en bande organisée,
— avec préméditation,
— de manière systémique,
— en détournant les moyens publics et privés de la République de Kraland.
Sur le plan des sanctions, je pourrais demander une peine de prison assortie d’un transfert de Simone vers une prison brune.
Seulement voilà : les Bruns, en retard sur certaines technologies spécifiques à leur culture, n’ont pas encore inventé l’esclavage ni la torture.
Sans esclavage, sans torture, la prison n’est ni dissuasive, ni utile.
Elle serait ennuyeuse pour moi — et Simone s’y ennuierait comme un rat mort.
Pouvoir torturer Simone serait vraiment l'idéal pour moi!Je propose donc une alternative plus cohérente avec la réalité technique actuelle et l’intérêt général :
— La libération immédiate de Simone,
— sa constitution volontaire en tant qu’esclave (faute de moyens juridiques pour l’y contraindre),
— sa déstructuration en tant que flamme et sa restructuration en tant que femme, c'est moyen pour moi d'avoir une flamme pour esclve;
— Sa tâche d'esclave consistera à m’assister dans la construction de mon cabaret, œuvre de mémoire rendant hommage — de façon contrôlée et encadrée — à la reine-mère des courtisanes, Impératrice de toutes les Brunies.
— En cas de non respect des conditions : capture et retour à la case prison où elle s'ennuiera comme un rat mort puisque implicitement ce sera ce qu'elle souhaite.
Simone ayant organisé son insolvabilité, je renonce à toute peine pécuniaire directe, redressement fiscal ou amende personnelle : ce serait vain et contreproductif.
En revanche, au regard de la complicité structurelle de la République de Kraland dans la commission de ces faits — sans laquelle Simone n’aurait ni les moyens, ni la logistique, ni la couverture nécessaire — je demande :
— que la République de Kraland reconnaisse ses torts sur la base de sa bonne foi (le Tribunal n’ayant pas compétence pour contraindre un État),
— et qu’elle indemnise l’Empire Brun à hauteur de 10 000 MØ, transférables au ministère brun des Finances.
J’aurais pu demander le franc kra symbolique.
Mais ce que Simone a fait est extrêmement grave.
Je souhaite que cette gravité soit reconnue. Si ni la cours du tribunal, ni la Republike de kraland ne s'entendent sur ce montant de 10 000 MØ, je souhaite quand même que le montant de la réparation soit suffisamment dissuasif pour prévenir toute récidive.
Il faut que Simone ait conscience qu'elle coûte cher à son pays pour la dissuader de recommencer. Sinon il y aura récidive et on aura fait tout ça pour rien!!!
Telles sont donc mes conclusions pour le premier chef d’accusation.
J’attends désormais les arguments de la défense,
et je demande à la Cour de se préparer pour les chefs d’inculpation suivants.
Niark.