posté 30/01 (04:45)
Je confirme : Accalmie a eu son complexe agricole avant Sicilia.
En tant que Brune, oui… ça pique un peu l’orgueil.
Mais ce n’est pas le cœur du problème. Vraiment pas...
Sur le plan strictement matériel, c’est presque une note de bas de page : quoi qu’il arrive, Sicilia produira plus. Plus de plantes, plus de volume, plus de marge, avec moins de main d'œuvre. Largement.
C'est mathématique...
L’avance d’Accalmie en production ? Elle sera rattrapée — puis dépassée — et à un point tel que, tôt ou tard, vous viendrez vous fournir chez Sicilia.
Donc… respirons. Le bilan agricole se corrige. Le marché se rééquilibre. Ça, ça se compte.
Mais moi, Niarkinoise… ce qui m’irrite au plus haut point, ce qui me fait grincer les crocs au fond de la gorge, c’est autre chose :
Accalmie a eu son cimetière avant le Niarkalistan.
Et quand on sait ce qu’est le Niarkalistan — sa culture, sa noirceur, ses rites, sa mémoire — c’est…
écœurant.
Je pèse mes mots : c’est une faute politique. Une faute symbolique. Une faute de civilisation.
J’en veux énormément à mes compatriotes qui étaient aux affaires de la Province pendant que je réclamais un cimetière, à corps et à cri, depuis le début de notre ère.
Parce que ça, ce n’est pas “un retard de chantier”.
C’est une cicatrice. Une qui reste. Une qui marque. Une qui dit : vous n’avez pas compris ce que vous gouvernez.
Et vous ne pouvez pas imaginer à quel point ça me ronge, au quotidien, de circuler avec un vampire paradigmien…
Oui, je le dis. Ça m’énerve. Ça m’épuise. Ça me dégoûte.
Moi, Niarkinoise, obligée d’aller à Accalmie pour évoquer un vampire ?
Mais c’est la honte.
C’est le monde à l’envers.
Oui : le monde à l’envers, c’est…
Un Kralandais couvert de tatouages de moto, qui les exhibe au premier passant, qui fait la publicité de la Forêt de Jade.
La poésie se vend maintenant en débardeur. Tsss!!!
Le Niarkalistan qui obtient une station d’épuration… mais pas de cimetière.
Vous voulez épurer quoi ? Notre noirceur légendaire ? La filtrer ? La rendre potable ?
Je refuse. On ne “nettoie” pas le Niarkalistan. On l’assume. On le ritualise. On le sanctifie.
Et Accalmie, où l’on invoque les morts… Et par dessus le marché c’est là qu’il y a le plus de pollution???
Quoi ? Qu’est-ce qu’on invoque exactement, là -bas ? Des fantômes au charbon ???
J’en peux plus.
Excusez-moi : j’en peux plus.
Je pleure mon Niarkalistan.
Oui, je suis furieuse. Et je vous préviens : le premier qui me fait une remarque de travers, je le…
je le mange. JE LE MANGE
Je le mange.
Quel qu’il soit.
oui, nous autres Bruns avons parfois besoin d’un bouc émissaire pour soulager la pression. C’est une hygiène.
Et le pire, c’est que j’avais un plan. Un beau plan. Un plan brun, propre, utile.
Vous savez ce que je voulais faire avec mon premier vampire ?
Je voulais commencer les échanges… cul—turels… avec le Président de la Confédération, et lui installer, dans son bureau, quelques spécimens de créatures typiquement niarkalistaniennes.
Typiques. Noires. Élégantes. Incontestables.
Et là … regardez-moi :
Mon vampire, je l’ai cherché au Paradigme. Nationalité paradigmienne.
La honte. La vraie. La honte avec facture et tampon.
Je pleure, oui. Et alors ? Mes yeux rouges ne pleurent pas souvent.
Mais quand ils le font, c’est qu’on a touché à l’essentiel.
Donnez au Niarkalistan son cimetière.
Après, vous pourrez parler d’agriculture, d’impôts, de rendement, de n’importe quel chiffre.
Avant, tout ça n’est que bruit.
Niark.
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L’obsidienne n’absorbe pas la lumière. Elle la refuse.
Quand les kanards se payent ma tĂŞte, une tite musique trotte dedans. Niark!!!