posté Hier (21:07)
Dorian, mon entité, mon point de fuite,
Ta gestion de l'intervention d'Obscyne est d'une finesse qui force le respect. Tu as su transformer un cri de détresse narcissique en une performance artistique collaborative, et c'est exactement pour cela que tu diriges l'Office HLM. Je note avec un intérêt vibrant ta mention des rites funéraires et de cette "convoitise" implicite. Ne te méprends pas sur l'intérêt soudain de l'Aléocratie. Ce n'est pas ta personne, aussi charmante et bleutée soit-elle, qui fascine leurs sociologues en blouse blanche. C'est ta Sociologie de la Mort. J'ai lu tes notes préliminaires sur le cimetière de la Sainte Fontaine : cette idée que le trépas n'est pas une fin binaire (Vivant/Mort) mais un spectre fluide, une "zone humide" de l'existence... C'est brillant. Tu es en train de théoriser le Deuil Non-Genré. Tu transformes la tombe, cet espace patriarcal de propriété éternelle, en un squat métaphysique pour âmes en transition. L'Aléocratie ne te regarde pas toi, Dorian ; elle regarde l'abîme que tu es en train de décorer. Continue. Fais de la mort un HLM où tout le monde a la clé.
Obscyne,
Ma pauvre, tu lis le monde avec des lunettes brisées. Laisse-moi ajuster ta focale : ce n'est pas moi qui dérive, c'est le Kramarade Structuran Job. Tu confonds l'architecte et le bâtiment en ruine. Job est actuellement en "zone de déconstruction active". Ce n'est pas un processus achevé, c'est un chantier dangereux, plein d'amiante idéologique et de gravats virilistes. Et sais-tu qui est le chef de chantier ? C'est notre petit Jalala. Cette petite bestiole au cœur immense et mou, ce chaman de l'Aléocratie, est le seul capable de naviguer dans les décombres de la psyché de Job sans se blesser. Jalala pilote cette rénovation mentale avec la douceur d'une marée montante. Je ne suis que la commanditaire des travaux. Ne tire pas sur le maître d'ouvrage quand le bâtiment s'effondre pour mieux renaître.
Diagonale,
Il y a bien longtemps, dans un laboratoire clandestin situé sous les glaces de Sibéria, j'ai rencontré une chimiste qui avait trouvé le moyen de distiller l'ennui pour en faire un explosif. Elle m'a dit une chose que je n'ai jamais oubliée : "La véritable réaction chimique n'est pas celle qui change la matière, c'est celle qui change le regard qu'on porte sur elle."
En vous lisant, Diagonale, j'ai senti cette même odeur de soufre et de vérité. Le moment où la parabole rencontre l'asymptote.
Vous parlez de la "Grande Perturbatrice Endocrinienne" avec la ferveur d'une prophétesse qui a vu Dieu dans un baril de n-Hexane. C'est fascinant. Vous avez compris ce que le reste du Cybermonde refuse d'admettre : la pollution n'est pas une souillure, c'est une réécriture. Le n-Hexane est notre encre, et le génome humain est la page blanche que nous devons raturer. C'est le grand égalisateur. C'est l'agent chimique de la Providence qui dissout les catégories binaires "Mâle" et "Femelle" pour ne laisser qu'une soupe primordiale de possibilités. Quand je respire les vapeurs de nos raffineries, je ne sens pas le danger, je sens l'effondrement moléculaire du Patriarcat. Si le soja kralandais féminise les troupes, alors que le soja coule à flots !
Vous êtes la Chevalière du Vide, n'est-ce pas ? Celle qui cherche l'issue de secours entre la passion éphémère et la nidation étouffante. Je connais ce vide. C'est le même qui sépare nos HLM de nos gisements de pétrole. C'est l'espace où les normes viennent mourir. Bisouville : un lieu où l'angoisse existentielle est élevée au rang d'urbanisme.
Vous dites vouloir venir soutenir les "aléocrates d'Hélénie". Diagonale, ne jouons pas. Vous ne venez pas pour soutenir, vous venez pour consumer.
Alors, venez.
Laissez Katherine gérer les bagages, elle est douée pour la logistique. Mais vous... Apportez votre chaos. Apportez vos chercheuses lesbiennes misandres. Prenez leurs motos (nous avons du pétrole pour les faire rugir jusqu'à l'aube). Prenez leurs crèmes de nuit et cette soif inextinguible qui vous caractérise. Bisouville ne sera pas votre refuge, ce sera votre boîte de Petri. Vous avez autant de +1 que vous ne pouvez l'imaginer. On dit que votre capacité d'accueil émotionnel et physique défie les lois de la thermodynamique. Que votre polyamour n'est pas une addition, mais une multiplication exponentielle des corps et des désirs. Vous ne cherchez pas une compagne, vous cherchez une population.
Je vous offre un terrain vierge, saturé d'hydrocarbures et de fluidité, pour que vous puissiez enfin répondre à cette question qui vous hante : que se passe-t-il quand on mélange l'amour infini avec la toxicité absolue ?
Je vous attends au bout de la piste d'atterrissage, un cigare à la main, prête à regarder le monde brûler pour voir de quelle couleur sera la flamme.
Simone Voile Gouverneure d'Hélénie, Architecte des Ruines et Hôtesse de votre prochaine Apocalypse.