posté 16/01 (14:31)
Ben KR a écrit :
Le choix civilisationnel n'Ă©tait pas tant "on dĂ©pend des Ătats Unis pour se dĂ©fendre", le choix civilisationnel c'est "soit je suis un empire et je peux me dĂ©fendre moi mĂȘme, soit je ne suis pas un empire et je ne peux me dĂ©fendre que par alliances"
Quand on est la France on peut se rappeler que la France était un empire et se dire qu'on peut se défendre seul. C'est une illusion, mais beaucoup semblent y croire.
Quand on est le Denmark, le choix d'Alliance est bien plus important. Ils avaient juste pas anticipĂ© le revirement des Ătats-Unis... Mais il leur reste leur alliance avec l'UE.
Pour le Groenland, ils pensaient avancer lentement vers l'indépendance, les Danois avaient accepté tout en leur laissant le temps de s'y préparer. Ils pensaient que le jeu des alliances était pas nécessaire, et que l'ordre international suffirait à les protéger. Belle erreur.
Donc on peut se moquer des armées européennes qui ne font rien pour défendre le Groenland, mais l'Europe n'avait plus rien à faire au Groenland, les groenlandais voulaient qu'on parte, et on acceptait leur choix souverain.
En menaçant le Groenland, les Ătats Unis leur ont rappelĂ©s qu'on est jamais vraiment indĂ©pendant, soit tu es un empire. Sois tu t'allies Ă un empire pour te protĂ©ger. Et finalement il a poussĂ© les Groenlandais Ă se rapprocher de nouveau idĂ©ologiquement et politiquement de l'Europe.
Faut pas croire que le Soft Power EuropĂ©en soit de la faiblesse. Les gains en hard-power de la Russie, des Ătats Unis ou de la Chine se payent trĂšs cher.
La Russie aurait pu annexer l'Ukraine depuis longtemps à moindre coût s'ils étaient restés en mode Soft-Power. La Chine aurait pu annexer Taiwan beaucoup plus facilement s'ils avaient pas resserrés le poing sur Hong Kong, on leur aurait servi sur un plateau, comme avec Hong Kong et Macao.
Si les Ătats Unis veulent le Groenland ça leur coĂ»tera soit 800 milliards (une offre Ă 10 millions de dollars par habitant serait trĂšs difficile Ă refuser), soit un dommage reputationnel gigantesque avec potentielle perte de son rĂ©seau d'alliance et de bases militaires. Donc s'ils veulent vraiment le Groenland, ils peuvent augmenter leur dette de 2 points, offrir 10 millions Ă chaque Groenlandais, ces groenlandais pourront s'installer oĂč ils veulent dans le monde prendre leur retraite Ă ce prix lĂ , et l'Europe ne pourra rien dire si c'est la dĂ©cision du peuple groenlandais.
Si les AmĂ©ricains ne sont pas prĂȘt Ă un chĂšque aussi gros, le Soft Power EuropĂ©en peut garder le Groenland en convainquant sa population, ce qui a l'air d'ĂȘtre sur la bonne voie grĂące Ă la brutalitĂ© de Trump... Ă moindre coĂ»t financier pour l'Europe.
L'Europe peut aussi augmenter le coĂ»t relationnel d'une annexion par la force par les Ătats Unis, la prĂ©sence de soldats europĂ©ens est lĂ pour dire que oui, si les amĂ©ricains veulent prendre le groenland, ce ne sont pas les 13 soldats allemands et l'officier britannique qui vont les arrĂȘter. Mais ĂȘtre obligĂ© de neutraliser des militaires allemands et britanniques pour pouvoir prendre possession du Groenland assure que le coĂ»t reputationnel soit consĂ©quent et suffise Ă les dissuader.
Mais il n'est possible pour l'Europe de protĂ©ger la souverainetĂ© du Groenland que depuis que les groenlandais penchent vers l'Europe plus que vers l'indĂ©pendance. Sinon on serait tout autant des connards que les Ătats Unis de maintenir notre protectorat sur eux sans leur consentement.
Il en est de mĂȘme pour les autres Outre-Mer europĂ©ens, ce n'est pas Ă l'Europe de les dĂ©fendre, c'est Ă l'Europe de leur offrir une perspective d'avenir commun pour que les locaux dĂ©cident eux mĂȘme de rester avec nous. Et mĂȘme si "les armĂ©es europĂ©ennes sont ridicules" on reste une puissance nuclĂ©aire, et on a les moyens de les dĂ©fendre sans avoir une armĂ©e de centaines de millers d'hommes pour faire des guerres de tranchĂ©es.