Selim a écrit : Divine créature à l’ardente pagaie
Va, vole, vogue, accours jusqu’à mon coeur brûlant
Ton kayak arrimé à ce quai où j’attends
Fébrile et tremblant tel un jeune daguet
Ô lascive impatience à mes reins attachée
Que ne puis-je déjà sur ta blondeur d’aurore
Déposer en un jet…
Ah, Maître Selim,
Peut-être le destin se joue-t-il de nos existences. La providence ne nous a-t-elle pas rapprochés d’un pas, depuis que j’ai accosté avec mon frêle esquif sur le rivage de la Cité Royale ? Qui sait si nos routes ne finiront pas par se croiser, sur la terre ferme, sur le sable brûlant ou sur les embruns d’une mer capricieuse ?
Mais prenez garde, Maître Selim. Je suis aussi beau que dangereux. Tel l’oiseau insolent qui danse devant le soleil, je ne me laisse ni saisir, ni retenir facilement. Il ne vous sera pas facile de me garder dans votre cage, fussent les barreaux dorés et les chaînes de soie précieuse.
Hélas, me voilà pour l’heure retenu en Ruthvénie, enchaîné non par vos soins mais par
un contrat qu’il me faut exécuter les devoirs de ma charge.
Le temps nous dira si la providence persiste à essayer de nous réunir, ou si, cruelle, elle se contente de se jouer de nous.